PHILOTHERA : PHILOTHERAPIE et RELAXATION

26 octobre 2015

Une RELAXATION d'ELIMINATION

 

 

Voici le texte (improvisé) de ce qui pourrait être une relaxation sur chaise dont le propos est de faciliter l'élimination des tensions corporelles. Le lecteur qui n'a aucune expérience de ce genre de pratique sera peut-être décontenancé par la forme de cet exercice qui peut sembler directif, mais il s'agit d'une pratique conduite par un moniteur qui propose une forme et une méthode, et non d'un impératif. Par ailleurs il faut savoir que les répétitions sont destinées à faciliter la déprise, à encourager, à créer un certain climat affectif, un support transférentiel, sans lequel la pratique est inefficace. Ajoutons que la voix, son intonation, sa qualité suggestive, sa chaleur sont un support précieux.

Lorsque le patient a intégré et assimilé les fondements il est parfaitement capable de pratiquer tout seul. Mais de toute manière la pratique en groupe offre des opportunités supplémentaires. L'idéal serait de conjoindre les deux. Puis, plus tard, de passer de la relaxation à la méditation.

 

Installez-vous confortablement sur une chaise. Bien calés dans le fond, vous pourrez sentir a présence du bois sous les cuisses, dans le dos. Posez les pieds au sol pour vous donner un fondement assuré. Etirez le dos, rentrez légèrement le menton, libérez les épaules, laissez les bras se détendre en posant doucement les mains l'une sur l'autre, et les deux réunies sur le haut des cuisses. Nous fermerons doucement les yeux, ou, si vous préferez, les yeux mi-clos. Les mâchoires sont desserrées. Vous pouvez faire jouer la langue dans la bouche, dérider le visage. Vous voilà en position de détente, vous pouvez commencer la pratique.

Appuyez souplement les pieds contre le sol, prenez le temps de sentir la fermeté du sol sous la plante des pieds. Vous pouvez crocheter le sol de vos orteils recourbés, comme un chat, avant de les laisser se poser naturellement. Votre conscience, pleinement éveillée, se met à l'écoute des sensations des pieds : chaleur, forme, volume, et toute autre sensation, plaisante ou déplaisante, sans choisir, sans repousser, les acceptant telles qu'elles se manifestent. Vos pieds sont vivants, sensitifs, réceptifs...

Avec la conscience, toujours souple et éveillée, vous pourrez remonter le long des jambes, mollets, genoux, haut des cuisses, en enregistrant, sans tension, les sensations de votre corps, présents à tout ce qui se manifeste, réceptifs et ouverts. Puis vous pourrez vous arrêter quelque temps au niveau des fessiers, du bas du dos, laissant le corps s'alourdir sur la chaise, se caler plus profondément, prendre ses aises. Vous sentez la lourdeur, la volume, la masse de votre corps calé dans la chaise, puis vous pourrez sentir votre dos, tout le dos, depuis les lombaires, tout le long du dos, les dorsales, les omoplates, vous laissez votre thorax bien s'ouvrir, le ventre se détendre, la respiration se faire d'elle-même, toujours éveillés, pleinement conscients et détendus.

Les bras s'abandonnent, les mains délicatement posées, ouvertes, le cou légèremet rentré, la tête bien tenue pour éviter de la laisser balancer de côté et d'autre...

Le corps bien relâché nous pourrons nous mettre à l'écoute des sensations, laisser venir, laisser passer, sans rien retenir, sans rien forcer. Les sensations viennent et passent, comme des nuages dans le ciel, comme des vaguelettes à la surface de l'eau, tantôt plaisantes, tantôt déplaisantes, ou neutres, c'est sans importance, nous les accueillons comme elles viennent, nous les laissons passer.

Nous écoutons notre respiration, très simplement, très souplement, sans rien changer, nous la laissons se faire naturelllement. A l'inspir notre ventre se gonfle légèrement, puis se relâche. Nous sentons le mouvement naturel de la vie qui se fait en nous, nous nous laissons progressivement porter par la mouvement de la respiration, très doucement, très souplement, sans rien forcer.

A chaque expir vous pouvez sentir un progrès de la détente. A chaque expir vous pourrez évacuer ce qui peut rester de tension dans votre corps. Vous éliminez tout ce qui pèse, ce qui contrarie, ce qui fatigue, vous laissez aller. depuis le haut du corps, depuis le sommet de la tête, c'est comme de l'eau qui emporte tout, qui nettoie, qui lave, qui purifie, c'est comme une douche, qui tout au long de votre corps, emporte, élimine. Vous pouvez suivre en conscience ce mouvement qui, du sommet de la tête, tout le long du corps, jusqu'aux pieds, vous libère et vous régénère.

Prenons le temps ensemble, de vivre ce moment de détente et de paix, de nous laisser être tels que nous sommes.

 - (Petit moment de silence)

Et maintenant nous allons entamer le retour vers un état de conscience ordinaire. Vous pourrez revenir aux sensations de votre corps, de vos pieds au sol, de vos jambes, de votre dos, de vos bras et de vos mains, de votre tête, en retrouvant la sensation globale du corps, de sa position sur la chaise - et de la salle qui nous entoure, de la température, de la lumière qui filtre par nos paupières.

Vous pourrez étirer les jambes, faire jouer les chevilles, les doigts, baîller, soupirer, étirer tout le corps.

- Fin de la relaxation.

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07 septembre 2015

COURS du MARDI

 

REPRISE du COURS : chaque mardi à 9h30, à la Maison pour tous, Aressy, à parir du I septembre 2015.

 

                Relaxation active : échauffement, postures, respiration, mouvement, relaxation au sol ou sur chaise

                Ouvert à tous, après inscription sur place à "Coeur et Santé "

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07 janvier 2015

BONNE ANNEE A TOUS

 

 

Le cours de ralaxation de Coeur et Santé se porte à merveille, et je souhaite aux participants une heureuse année, et de merveilleuses relaxations, en groupe, et en privé ! Puisse cette pratique contribuer puissammnt au bien-être de chacun et lui inspirer de belles pensées.

Si d'autres personnes désirent nous rejoindre qu'elles soient les bien-venues parmi nous !

GK

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20 septembre 2013

RELAXATION d' APAISEMENT

 

 

           Asseyez-vous paisiblement au bord d'une rivière

         Et regardez passer au fil de l'eau

         Pensées comme des feuilles mortes

         Et disparaître à l'horizon.

 

 

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23 août 2013

RETOUR au CORPS : relaxation, méditation, psychiatrie

 

 

Qui a dit : "C'est dans ce corps long de cinq coudées que je trouverai le monde, l'origine du monde, la cessation du monde et le sentier qui mène à la cessation du monde"?

Gageons que ce n'est pas un penseur occidental, et même le sublime Epicure, si soucieux de la santé et de l'équilibre du corps n'est allé jusque là. 

Le corps et non l'esprit, et l'âme, et le moi, et le soi encore moins. Car l'esprit est comme un singe qui saute de branche en branche. Et l'âme est introuvable, le moi illusoire et le soi une fable. Non, de quelque côté qu'on se tourne, seul le corps fournit une assise solide pour l'examen de la réalité.

Faut-il en conclure que l'esprit n'existe pas? Certes non, mais il faut examiner le corps dans le corps, les états et mouvements du corps dans le corps, l'esprit en relation avec le corps, les états et mouvements de l'esprit en relation avec le corps. D'où une attention soutenue à la sensation, car la sensation est une modification qui se produit dans le corps et qui, du même mouvement, affecte l'esprit : j'ai froid, cela ne se peut dire que si ma peau est stimulée par l'excitation, que les nerfs transmettent la stimulation et que le cerveau élabore cette stimulation en sensation locale ou globale. C'est pourquoi toute méditation commence par l'observation minutieuse et accueillante des sensations. Hors de quoi nous ne saurons jamais rien, ni sur le corps ni sur le monde.

L'observation nous montre ce qu'est la sensation, comment elle naît, ce qu'elle provoque, plaisir, déplaisir ou état neutre, comment elle passe et disparaît. Nous découvrons  ainsi que tout ce qui a pour nature d'apparaître a nécessairement pour nature de disparaître. Cela signifie que tout plaisir est éphémère, qu'il est vain d'en souhaiter la permanence, que l'état de bien-être subit la variation. De même pour la douleur, et c'est déjà une bonne nouvelle. Devenant attentifs aux processus sensoriels et perceptifs nous découvrons que nous avons un certain pouvoir qui résulte de la connaissance : considérant plaisir et déplaisir dans leur naissance et leur disparition nous apprenons à nous en dissocier graduellement. Ce qui m'arrive est plaisant ou déplaisant mais j'en serai d'autant moins affecté que je les considrerai comme des phénomènes relatifs et impermanents : je ne suis pas ce qui m'arrive, je ne suis pas cette tristesse qui vient, je l'observe et la laisse passer. C'est ainsi que l'on apprend à méditer.

C'est la respiration qui fait le lien du corps et de l'esprit. Cela se bien dans l'état de stress où l'agent stressant provoque d'un seul jet le trouble physiologique, la respiration saccadée et l'agitation mentale. Dans un stress relativement mineur il suffit de calmer la respiration pour rétablir l'équilibre, cela s'apprend, ou devrait s'apprendre dans tous les métiers qui imposent de se présenter devant un public : conférenciers, acteurs, professeurs, chanteurs etc. Apprendre à respirer calmement et profondément (respiration ventrale) est un préalable, et en soi une cure de santé physique et mentale. Tout pratiquant de Yoga ou de Relaxation sait cela. Et au delà c'est la clé d'une méditation complète, qui au delà du calme mental visera l'observation méthodique des sensations, perceptions, formations mentales et mouvements de la conscience (vipassana).

Dans la citation ouvrant cette discussion Bouddha voulait signifier que c'est par l'observation du corps que l'on pourra comprendre "le monde" - mais je ne crois pas qu'il s'agisse du monde en soi, conçu comme Tout de la réalité, mais plus  concrètement du monde de la souffrance : dukkha, les causes de dukka, sa cessation, et les moyens de produire sa cessation. Bouddha a toujours découragé les spéculations sur l'univers, toutes inutiles, et inaptes à produire le seul résultat qui compte : la fin de la souffrance. Bouddha, comme Epicure raisonne en médecin. D'abord le diagnostic : la souffrance ; puis l'analyse étiologique : les causes de la souffrance ; puis le but : la guérison ; enfin les remèdes. C'est toujours et encore l'exposition des Quatre Vérités Nobles - que l'on pourra mettre en parallèle avec le Tétrapharmakon d'Epicure : les quatre remèdes (les dieux ne sont pas à craindre, la mort n'est rien pour nous, le plaisir est facile à obtenir, la douleur peut se supporter). Chacun, dans cette affaire pourra choisir, selon sa complexion, entre le remède radical de Bouddha et la pharmacopée plus souriante d'Epicure.

L'essentiel, à mon sens, est de rétablir la position éminente du corps. Que dire de ces philoophes qui se font gloire de le mépriser, de le condamner? Cette aberration a vécu. Mais il en reste quelque chose, dans notre médecine même, dans notre psychiatrie qui en sont toujours encore à opposer le corps et le psychisme. J'imagine volontiers qu'Epicure n'eût pas désavoué l'usage des psychotropes pour soulager la douleur psychique. Encore cela n'est-il qu'un pis-aller, qui ne devrait pas oblitérer l'écoute du patient, l'accompagnement thérapeutique, la pratique artistique (art-thérapie), l'entretien philosophique et toute une gamme de pratiques somatopsychiques, respiration consciente, relaxation, yoga, méditation. - J'observe que certains psychiatres s'y mettent et proposent des séances de méditation à l'hôpital. C'est peut-être l'indice d'un heureux retour à l'évidence.

 

 

 

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22 octobre 2012

PLAISIR et SANTE : EPICURE, FREUD et WINNICOTT

 

 

 

 

 

« Nous disons que le plaisir est le principe et la fin de la vie bienheureuse. Car c’est lui que nous avons reconnu comme le bien premier et connaturel, c’est en lui que nous trouvons le principe de tout choix et de tout refus, et c’est à lui que nous aboutissons en jugeant tout bien d’après l’affection comme critère ». (Epicure, Lettrre à Ménécée, 132, traduction Conche).

On a souvent mal compris ce passage en croyant y voir une incitation à la luxure et à la jouissance illimitée. Mais le propos est tout autre. Il s’agit du bien-vivre, et des conditions du bien-vivre (makarios zèn), de la santé et de la félicité humaines. Le point important me semble, outre l’idée du plaisir comme principe de sélection et d’appréciation éthiques, que le plaisir est défini comme premier et connaturel (sumphuton). Ce terme de « sumphuton » demande éclaircissement. Phuton est issu de phuein, croître, lui-même donnant « physis », la nature, conçue comme croissance. Le plaisir « connaturel » signifie donc qu’il est non seulement naturel, inscrit dans l’ordre naturel du vivant, mais qu’il accompagne naturellement le processus de croissance, le mouvement et le déploiement de la vie. Vivre c’est spontanément éprouver le plaisir de vivre, comme affection fondamentale de l’organisme vivant. Il y a du plaisir à respirer, à nourrir, à se soulager, à dormir, à bouger dans son corps : autant d’expériences spontanées de la santé. Tant que le plaisir accompagne nos activités corporelles et mentales on peut s’estimer en bonne santé. Quand à l’inverse chaque mouvement, chaque effort devient pénible, quand la douleur règne en maîtresse  nous sommes malades.

Le plaisir est le début du bonheur, et sa limite : il n’y a rien au-delà. Cette leçon épicurienne est dure à entendre car on voudrait plus, et plus longtemps, voire toujours. Mais le corps lui-même nous enseigne la limite : pourquoi manger si je n’ai pas faim, en viendrai-je à me faire vomir pour recommencer à bâfrer ? C’est idiot, d’autant que le plaisir sera corrompu, inaccessible, et je connaîtrai bientôt les douleurs apocalyptiques de l’indigestion. « Ce n’est pas le ventre qui est insatiable, comme le dit la foule, mais l’opinion fausse au sujet de la réplétion illimitée du ventre » (Sentence vaticane, 59).

Freud avait introduit la notion capitale du principe de plaisir-déplaisir, qui stipule que l’organisme agit de manière à réduire le déplaisir, à le ramener à un niveau supportable, l’affect de  plaisir accompagnant naturellement la réduction du déplaisir. La nourriture apaise la faim. Si l’on veut augmenter indéfiniment le plaisir on produit de la douleur. Le plaisir naturel s’éprouve dans une variable limitée, entre tension et détente. Sans tension pas de détente. Après la détente la tension revient nécessairement sous l’action du besoin ou de la pulsion. Vivre c’est créer les conditions d’une relative constance entre déplaisir et plaisir. On ne peut espérer davantage. Sauf à faire le choix passionnel, où l’on renonce à la constance pour l’intensité maximale, - dans l’addiction par exemple -  au prix de plus grandes douleurs encore, assumées ou non. Ce n’est pas l’option épicurienne, selon laquelle la passion est  un grand mal, non en vertu de quelque condamnation morale, mais par souci de l’équilibre somatopsychique.

La santé se caractérise par la constance du plaisir constitutif, connaturel : c’était aussi l’opinion de Winnicott, selon lequel l’homme en bonne santé prend naturellement plaisir à vivre. Plaisir des organes, de l’équilibre global, du mouvement et du repos, des activités physiques, esthétiques, intellectuelles, de quoi satisfaire nos besoins, nos pulsions et nos désirs. La rage de l’illimité est un signe pathologique. Mais il faut bien reconnaître que par une étrange disposition les humains sont portés à l’excès, à la démesure, à l’ « hubris », fascinés par les appas de l’imaginaire, comme s’ils ne pouvaient assumer leur condition de nature. On peut en rire, on peut en pleurer, et sans doute ne s’en délivre-t-on qu’au prix d’expériences catastrophiques.

La santé c’est l’alternance du mouvement et du repos, de la tension et de la détente, du déplaisir et du plaisir selon un principe de régulation qui est inscrit dans l’organisme lui-même, mais qui peut aisément se dérégler. D’où une physiologie, une hygiène (hygieia=santé), une médecine, une psych-iatrie : Epicure et Hippocrate. L’ancienne philosophie était tout cela, et bien d’autres choses encore.

 

 

 

 

 

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19 août 2012

GESTION de la MALADIE

"Pendant ma maladie, mes entretiens ne portaient jamais sur mes souffrances physiques... mais je poursuivais l'étude des questions naturelles qui m'occupaient précédemment et je m'appliquais à ce point particulier : comment l'intelligence, tout en subissant le contre-coup des ces mouvements qui agitent le corps, se maintient-elle exempte de trouble, tout en veillant à son bien propre? et ma vie s'écoulait heureuse et digne". (Epicure, cité par Marc-Aurèle).

Le corps, agrégat d'atomes plongé dans la combinatoire universelle ne peut éviter d'être troublé de diverses manières. C'est la maladie, définie comme trouble (ponia) local. Notre effort consistera à restaurer l'équilibre autant qu'il est en notre pouvoir, et de parvenir ainsi à l'aponie - absence de souffrance. Mais cet effort ne peut réussir toujours, et l'aponie ne peut se réaliser. Dès lors c'est l'intelligence qui entre en action, opère un déplacement de l'attention, et par la concentration sur des sujets de connaissance, opère une pacification de l'organisme tout entier, rétablissant l'équilibre général du complexe psychophysique. 

Cette puissance de l'intelligence repose d'abord sur un constat neuro-physiologique : l'école hippocratique a mis en évidence la fonction du système nerveux central. Si je me concentre sur un affect ou sur une idée, les autres perdent de leur puissance. "De deux douleurs qui surgissent en même temps, mais pas au même endroit, la plus violente étouffe l'autre".(Corpus hippocratique). J'ai donc la possibilité de déplacer mon attention, de la douleur locale, vers une autre douleur, mais aussi bien vers une sensation ou une pensée de plaisir. C'est d'ailleurs ce que nous faisons spontanément, sauf à puiser de la joie dans la douleur même. Epicure recommande la pensée joyeuse, ainsi dans son testament, où en dépit de ses souffrances, "la joie qu'éprouve mon âme a résisté, au souvenir de nos conversations passées".

C'est reconnaître ensuite à l'âme un pouvoir d'autodétermination. L'intelligence, à la différence du corps prisonnier de son état présent, peut évoquer librement les "heureux souvenirs du passé", effectuant une sorte de recollection des instants agréables, des sensations heureuses, des conversations, des idées fécondes : nul ne peut me ravir ce savoir fondé sur mon expérience propre, cette certitude tranquille, cette continuité. La mémoire conserve le bonheur, l'attention le ravive. Ainsi paré, il est possible de supporter.(Quatrième proposition du tétrapharmakon).

Cette autonomie de la pensée s'éduque dans l'askèsis : "Ce que je te conseillais sans cesse, ces enseignements-là, mets-les en pratique et médite-les, en comprenant que ce sont là les éléments du bien -vivre". (Lettre à Ménécée). Méditation des conditions de la vie heureuse, et non de la mort. Pratique quotidienne, jusqu'au stade de l'excellence : "Le fruit le plus grand de la suffisance à soi-même : la liberté."(SV 77, traduction: Marcel Conche).

Remarquons pour finir que l'excellence se conçoit et se réalise dans l'union indissociable de la félicité et de la liberté.

 

PS : la médecine donne aujourd'hui de nouveaux moyens chimiques pour parvenir à l'aponie : il n' y a nulle honte à y recourir dans une mesure raisonnable, à condition de ne pas s'obscurcir l'entendement par des prises excessives. Le critère ultime, ici comme dans l'Antiquité, reste la clarté du jugement. Ce serait payer cher que de gagner l'aponie au prix de l'obscurcissement mental. C'est la totalité du complexe corps-esprit qu'il faut considérer, et c'est en lui qu'il importe de réaliser l'équilibre propice à la liberté.

 

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03 août 2012

Du CENTRE ABDOMINAL : respiration ventrale

Il n'est ni santé véritable, ni bonheur si le centre abdominal est négligé ou déficient. C'est malheureusement le cas chez beaucoup de personnes qui oublient la racine fondamentale de toute vie, qui négligent leurs besoins essentiels, ou qui se détournent avec dégoût de la part animale de leur être. Ceux-là ne vivent pas mais végètent comme des plantes sans eau. D'autres compensent cette déficience par un surinvestissement de la sphère intellectuelle, cultivant leurs symptômes et infligeant à autrui leur névrotique esprit de sacrifice. Tout cela n'est pas bon et dénote une confusion regrettable dans la hiérachie des valeurs.

Pourtant il est relativement facile de développer une conscience attentive du centre abdominal. Il faut se souvenir que l'enfant, dès la naissance, respire, comme le petit chat, "avec le ventre" : il suffit d'observer comme, à l'inspir son ventre se gonfle, et se dégonfle à l'expir, sans effort, tout naturellemnt. Il est bien regrettable que l'éducation dans cette société malade, avide de performance, vienne compromettre l'heureuse disposition naturelle. Mais cela signifie aussi que chacun peut travailler à récupérer ce qu'il savait si bien faire étant petit.

Le ventre est le siège des besoins fondamantaux : nourriture, boisson, réplétion, sécurité alimentaire, élimination, sécurité de l'environnement, tranquillité du sommeil, rythmes réguliers, contacts chaleureux. Winnicott disait : handling et holding (être tenu, être protégé) materné par une "mère suffisamment bonne". C'est sur cette base que peut s'édifier un développement harmonieux des autres centres. Quand cette base est insuffisante, carencée, les plus grands désordres s'ensuivent : anxiété, peur de manquer, de mourir de faim, d'être abandonné. Pathologies narcissiques, structures borderline, voire psychose dans les cas les plus graves. La psychothérapie, dans ces cas douloureux, consistera à restaurer la structure défaillante, avant toute autre entreprise de structuration psychique.

Les Chinois soutiennent que le centre abdominal est le siège de l'énergie vitale : dan tian inférieur, siège de Jing ( l'essence). Dans le yoga on relève trois chakras ("roues"  énergétiques) correspondant approximativement au coccyx, à la zone génitale, au hara. Ingestion, digestion, élimination, fonctions sexuelles, transformation de l'énergie. Il semble évident qu'il faille soigner tout particulièrement cela qui assure à chacun le fondement de sa propre vie.

Epicure disait qu'il faut en premier lieu s'occuper de son ventre : hygiène alimentaire, tempérance, équilibre des fonctions. Ce que nous pouvons ajouter ici c'est le soin porté à la respiration. Comment restaurer le primat de la respiration abdominale?

Il existe quelques exercices très simples qui restaurent la fonction : le demi corps, le roching en demi corps, le grand rocking (à pratiquer chaque jour si possible vus ses effets sur la digestion et sa vertu toute spéciale de développer la conscience de la respiration ventrale), posture en pattes d'oie, l'arc etc. Associer le mouvement physique à la conscience est le meilleur moyen de déprogrammer les mauvaises habitudes respiratoires et d'y substituer sans artifice de nouveaux habitus.

En relaxation couchée, après la détente initiale et le parcours du corps, on pourra inviter le sujet à placer ses mains sur le ventre et se laisser respirer doucement en observant le léger soulèvement des mains sous l'action du souffle, et son retour à l'expir, et de la sorte glisser tout naturellement dans une détente psychique plus profonde. J'observe que la plupart des personnes ne peuvent accéder aux bienfaits de la relaxation que si l'on pratique d'abord des mouvements physiques, des postures et des exercices respiratoires. Seul le mouvement permet d'accéder à la quiétude du repos, de même que c'est la tension qui prépare la détente.

La relaxation ne peut pas tout, pas plus que le Yoga ou le Chi Gong. Mais ce sont d'excellents adjuvants au travail thérapeutique, et dans tous les cas - sauf psychose - de remarquables outils d'hygiène et de santé.

 

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02 août 2012

Les TROIS DEGRES de la MEDITATION

Mediter, c'est dans notre tradition occidentale réfléchir avec sérieux et profondeur sur un objet de pensée. La méditation suppose l'attention soutenue, la concentration et la constance. Discipline de l'esprit : scholè, c'est à dire étude méthodique à partir de la liberté, de la disponibilité d'esprit. Mais plus profondément, la méditation suppose un séjour prolongé, une familiarité conquise, une pénétration de l'objet. Exercice en somme de toutes les facultés mentales  auprès d'un objet de contemplation pensé comme énigme, et susceptible de révéler quelque nouveauté pour la connaissance.

Mais l'Orient nous propose une autre approche : on y opposera méthodiquement la méditation à la réflexion. Méditer c'est laisser venir, laisser être une certaine réalité sans chercher à la modifier, acceuillir le phénomène dans son surgissement, son évolution et sa disparition. Cela suppose une détente préalable, et du corps, et du thymos et de l'esprit, une disponibilié non intentionnelle, une totale ouverture à l'être-là. Cela étant, je distinguerai trois dégrés, en fonction de ma propre pratique, sans en tirer quelque loi générale, puisque cette pratique ne peut pas s'enseigner ni se codifier. Chacun, dans ce domaine doit devenir son propre maître, se fier à son expérience, la modifier et l'approfondir selon sa propre complexion et ses propres exigences. Mais il me paraît essentiel de l'intégrer complètement à l'exercice de la vie, et pour la santé, et comme élément fondamental de la pratique philosophique. Les philosophes occidentaux l'ignorent pour la plupart, privilégiant à tort la pensée intentionnelle et réflexive, et se méfiant par doctrine de toute pratique "mystique", ou simplement étrangère au courant dominant de notre tradition. Pour moi qui ai séjourné assez assidûment auprès des pensées orientales je la considère au contraire comme éminente pour l'équilibre général de la vie, et pour la réfexion elle-même, qu'elle renouvelle et approfondit par effet indirect, par le ressourcement mental qu'elle offre si généreusement.

Pour en promouvoir la pratique je donne ici quelques indications, à valeur purement subjective, et qui devront se vérifier et s'amender par le pratiquant en personne :

Premier temps : relaxation intégrale, détente musculaire, puis tissulaire, organique, nerveuse et psychique. Cela est assez difficile pour la plupart des gens. Aussi est-il souhaitable de pratiquer d'abord une élimination générale des tensions par des exercices physiques souples sans effort : régulariser la respiration, relâcher les muscles, s'étirer sans tension, laisser venir par degrés un sentiment de détente général dans une respiration souple, aisée, facile. Les exercices de yoga, de Chi Gong y sont particulièrement favorables. Après quoi il est loisible de s'asseoir en tailleur, ou s'il le faut, s'accorder une pause intermédiaire au sol, le corps étendu, les bras allongés de chaque côté, la nuque souple, le visage détendu. Pour certaines personnes exceptionnellement tendues ou anxieuses cette pause au sol devrait constituer pour longtemps l'unique objectif à atteindre, car c'est la condition absolue d'une progression. Je considère qu'il faut à la moyenne des gens deux pleines années de pleine pratique pour accéder au stade de la véritable relaxation psychique.

Le second degré c'est la contemplation : mise en place d'une observation interne (epi-skopein : regarder auprès de). Les Orientaux parlent d'un "témoin", désignant par là l'activité non-active du sujet de la conscience non réflexive, simple enregistrement non intentionnel, non volontaire, non discriminant des phénomènes physiques et psychiques qui se déroulent dans le corps et le mental : ici une sensation de froid ou de chaud, ici un tittillement musculaire, une tension nerveuse, là un flux énergétique, et dans l'esprit une représentation, une image, un émoi, un désir, une volontion etc. On constate, on ne fait rien, on ne réfléchit pas, on n'analyse pas, on laisse passer comme un nuage dans le ciel, sans trace, sans effet, sans "karma" (action). De la sorte on apprend tout naturellement à voir s'écouler les phénomènes, à observer sans intention l'impermanence de toutes choses, internes et externes, et physiques et psychophysiques et psychiques. On découvre ce pouvoir de la conscience à se détacher des sensations, des perceptions, des représentations, des émotions, des passions, on se désolidarise des attachements pulsionnels, des fixations mentales, des désirs lancinants, des obsessions et de ce que Bouddha appellait les "formations mentales". Cette pratique du "témoin" doit se pratiquer très longtemps et assidûment car elle est le coeur de la pratique. Elle ouvre à une forme nouvelle de liberté, non par théorie spéculative, mais par la vérification expérimentale. Combien elle est libératrice, bienfaisante, rafraîchissante! Et dire qu'elle est à la portée de tous! Et que nos philosophes, réputés spécialistes de la connaissance de l'homme, l'ignorent et la méprisent sans la connaître!

Et parfois, lors de moments magiques, imprévisibles et imprescriptibles, il arrive que le "témoin" s'abolisse de lui-même, que la conscience se fasse totalement silencieuse, que l'opposition entre le sujet observant et l'objet observé disparaisse, sans intention, sans volonté, sans effort, comme de soi-même, et alors, dans une état qui n'est ni sommeil ni tension, ni perception ni non-perception, l'esprit s'abolit comme individuation, comme conscience séparée, et se mêle à l'immensité cosmique, dans une sorte d'extase sans élévation, sans transport, calme, tranquille, merveilleusement fraîche! Cela ne peut se vouloir, cela arrive ou n'arrive pas, mais quand cela arrive c'est un bonheur sans concept, sans représentation, sans désir, et qui vous réconcilie avec la vie et le Tout.

Ne croyons point toutefois que cela change la vie. On en ressort nécessairement, on retrouve la réalité inchangée. Mais quelque chose aura bougé, pour toujours, dans la conscience. Et soudain les intuitions fulgurantes de nos penseurs de la totalité aurons trouvé pour nous une confirmation éclatante et irréfutable. Héraclite a dit juste. Démocrite a dit juste. Spinoza a dit juste. Et nous, nous les comprenons autrement que par la seule raison. La méditation est une probation.

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PS : Je suis entré dans la pratique de la méditation par la porte du bouddhisme. Mais je ne suis pas bouddhiste puisque je n'ai jamais envisagé de prendre les trois Refuges (Bouddha, la Sangha, le Dharma) et que je revendique une totale indépendance à l'égard de tout système de pensée. De fait on peut pratiquer sans la moindre référence doctrinale. C'est en tout cas ainsi que je l'entends.

 

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01 août 2012

Approches de l' INCONSCIENT DYNAMIQUE: Erickson

Si j'ai bien compris, Erickson rompt totalement avec la conception analytique de Freud et des autres analystes. Pour lui il n'est aucune utilité à échaffauder des montages théoriques de ces supposées strates inconscientes qui constitueraient la psyché. Se perdre dans des spéculations interminables et controuvées sur le ça, le moi, le surmoi, l'idéal du moi et consorts ne mène à rien, car  en somme on ne sait rien du fonctionnement véritable de l'inconscient. Scepticisme créateur : l'inconscient est inconscient, impossible de l'analyser, dangereux peut-être, trompeur et naïf de le tenter. Laisser l'inconscient à lui-même, le supposer a priori créateur, et non simplement répétiteur. Faire confiance. D'où une autre pratique, sans interprétation, sans construction, sans forçage, sans intention analytique, sans projet éducatif, sans morale ni éthique particulière. Comment cela? Le sujet est invité, après la détente profonde obtenue par la relaxation intégrale, à ne rien faire, ne rien penser, ne rien tenter, si ce n'est de se mettre simplement à l'écoute passive de ce qui se passe. Etrange direction de conscience! "Vous restez simplement dans cette détente tranquille du corps et de l'esprit. Vous n'avez strictement rien à faire, si ce n'est de continuer à respirer tranquillement et à laisser l'inconscient faire son travail. L'inconscient travaille pour vous, laissez le trouver par lui-même les solutions qui sont en vous. Ecouter simplement, continuer à respirer dans la détente, laisser faire..."

Quelques remarques : on prend acte du fait que dans la situation actuelle, le patient est dans l'incapacité de trouver une solution à partir de ses processus conscients. Il ne fait que tourner en rond dans la répétition. Pour que quelque chose puisse changer il faut manifestement une irruption des forces et des ressources inconscientes. Or cet accès à l'inconscient semble bloqué par des résistances tenaces, des peurs et des fixations mentales, des habitudes et des attachements névrotiques. Pour relâcher ces tensions il faut établir préalablement une parfaite détente de l'organisme psychosomatique. Grâce à quoi on pourra ouvrir un passage à la libre expression des forces inconscientes. (Remarquons ici une limite possible : le sujet trop verrouillé ne pourra peut-être pas se relâcher, ce qui implique un recours momentané à d'autres techniques, ou à un long travail de préparation).

Deuxième point, essentiel. L'inconscient freudo-lacanien est conçu comme un processus répétitif. C'est inévitable puisque la méthode suppose une régression aux stades anciens pour dénouer en principe les noeuds archaïques de la névrose, jusqu'à la mise au jour du fantasme fondamental. Cela peut durer indéfiniment, sans que ce fameux fantasme n'apparaisse jamais, ou que son aperception plonge le sujet dans l'horreur absolue qui va le pétrifier. D'où le choix radical pour le praticien : Ou bien on se lance dans la quête d'une "vérité" subjective énigmatique par un détour colossal dans le passé, ou bien on considère que les choses se jouent ici et maintenant, dans l'actuel présent, et l'on se contentera de laisser l'inconscient inventer par soi une issue favorable. Nouvelle image de l'inconscient : une machine énergétique, une source de puissance et de créativité, pulsion de vie inventive et féconde. Conatus spinozien contre la pulsion de mort. Puissance groddeckienne contre la compulsion de répétition. Elan vital, puissance cosmique.

Que les choses soient plus complexes dans la thérapie effective des névroses ou des dépressions j'en conviens volontiers. En ce domaine on ne peut que s'appuyer sur l'expérience personnelle. Or, si j'ai trop longuement pratiqué l'analyse, je puis aussi estimer que grâce à elle, paradoxalement, je me suis mis en état, par le rejet même, d'accéder à l'inconscient dynamique. Qui dira le vrai? Je sais simplement que dans la situatuon personnelle présente j'ai la puissance interne de sortir du puits et de chanter à la lumière du jour. Au fond qu'importent les méthodes? Quand on a traversé la rivière on ne se soucie pas de porter le radeau sur ses épaules. A chaque patient, à chaque praticien de faire ici la part des choses.

Sur le plan philosophique je considère que ces conceptions et ces pratiques confirment abondamment mes intuitions récentes. Je suis plus que lassé des fiévreuses ratiocinations, des gloses et contregloses, des cryptocavernes et des mausolées de la pulsion de mort. Puisse la Grande Nuit engloutir les continents de la mortification, balayer les écuries de la tristesse, engendrer de nouveaux soleils!

Dionysos jaillit de la profondeur obscure et féconde de la Nuit, franchit les torrents et les rocs, se délivre dans la plaine, enfante la vigne et fait boullir le jeune vin! C'est lui qui trace les routes de la culture de par le monde, ensemence la terre, et nous enseigne la divine volupté! Dionysos, fils de Zeus et de Sémélé, enfant du jour et de la nuit, du divin et de l'humain, agreste et céleste, dieu civilisateur! Et qu'Apollon le clair, le Haut Conscient, poursuive en musique et en danse solaire ce qu'a semé l'Inconscient dionysiaque!

 

 

Posté par GUY KARL à 12:13 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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