La relaxation n'est efficace que si elle permet au sujet de quitter la conscience vigile pour voyager vers un état de conscience modifiée que les sophrologues appellent la zone phronique, ou sophroliminale, et que j'appelle plus simplement la zone intermédiaire. Il s'agit de relâcher le contrôle ordinaire pour descendre progressivement jusqu'aux portes du sommeil, sans les franchir, en se maintenant éveillé mais détendu. Chacun connaît de nature cet état intermédiaire, par exemple avant de s'endormir, pendant la sieste, en rêvassant sur un banc, ou même en somnolant dans le train ou devant un film particulièrement mollasson. mais en général noius ne savons pas tirer parti de cet état, considérant comme sans importance les sensations, perceptions, images, associations qui se déroulent, et qui sont parfois tout à fait intéressantes pour la conscience de soi.

Neurologiquement cet état est marqué par un ralentissement des ondes cérébrales, qui dans la conscience vigile oscillent entre 7 et 38 ondes/secondes, et qui alors descendent à 6 et 5. A partir de 5 on s'endort. Ceci explique qu'on puisse avoir parfois quelque difficulté à se maintenir éveillé pendant la relaxation.

Depuis longtemps les thérapeutes de toute obédience savent que l'action thérapeutique est quasi impossible auprés d'un sujet qui se maintient obstinément dans la conscience vigile : le contrôle, la résistance opposée à toute proposition est telle qu'aucun changement n'est vraiment possible. Ce n'est pas un hasard si Freud, par exemple, demandait à ses patients de s'allonger confortablement sur un sofa et de se détendre, de manière à laisser venir les images et les associations spontanées. Un changement psychique - et physique dans biens des cas - n'est possible qu'en libérant les associations préconscientes, où l'affectif, l'émotionnel, l'imaginatif l'emportent sur le contrôle rationnnel.

Toute relaxation implique une descente vers l'état intermédiaire. Il n'y faut voir aucune sorte de manipulation, à la condition toutefois que le sujet ait confiance dans son relaxologue. De toute manière le sujet refusera une proposition qui lui est contraire, qu'il ne peut suivre ou approuver. Par exemple, certaines personnes, qui craignent l'eau, refuseront toute image de plongée sousmarine. Dans la conduite de groupe il faut soigneusement éviter certaines inductions qui pourraient être mal vécues. Dans la pratique de relaxation thérapeutique individuelle on s'informera toujours auprès de la personne, avant de proposer quoi que ce soit.

Ceci nous amène à poser une règle éthique fondamentale : respecter scrupuleusement la personnalité, les choix, les valeurs, les souhaits de la personne afin de l'aider à vaincre certaines inhibitions - si elle le souhaite - et à trouver librement des solutions personnelles à ses difficultés.

L'accès à la zone intermédiaire est l'alpha et l'oméga de la relaxation, aussi bien dans la conduite de groupe que dans la pratique individuelle. Elle est riche de potientalités inouïes, inconnues du sujet lui-même, elle ouvre à de nouvelles possibilités de vie en libérant l'imagination créatrice et l'inventivité. Le relaxologue, respectueux des personnes, propose, mais c'est le sujet qui dispose. Cette loi est sans exception.