Dans la représentation commune la relaxation est un moment de détente générale qui s’apparente au sommeil, ou à la sieste : on se laisserait aller à la simple tendance naturelle qui nous conduit au relâchement musculaire et psychique pour y trouver paix et bien-être. Cela est évidemment vrai pour le premier moment d’une relaxation bien conduite, où l’on invite le patient à trouver une posture confortable, à laisser aller sa respiration dans l’état, à relâcher les tensions et à s’accorder une détente dans un espace privilégié et sécurisé. Il est vrai également que ce moment initial est un préalable nécessaire pour descendre dans la « zone intermédiaire », ou « zone phronique, niveau de conscience modifiée, entre veille et sommeil, avec une prédominance des ondes alpha. C’est là que peut s’opérer le relâchement souhaité.

Mais c’est là aussi que commence en fait la véritable relaxation, dans son aspect dynamique. On invite le patient à un « parcours du corps », qui consiste à visiter par segments successifs les points d’appui au sol, les membres, le tronc, la tête - au minimum, et parfois plus méthodiquement, telle ou telle partie du corps, selon le programme du jour. Cette visite se fait par la conscience, qui, tel un rayon lumineux, un laser, explore, sensibilise, observe. On distinguera soigneusement la conscience, instance active, observante et dirigeante, du mental, qui lui se laisserait volontiers aller à la rêverie, au vagabondage, à la dispersion. Le mental est, selon l’image bouddhique, comme un singe qui saute de branche en branche, sans parvenir à se fixer. Aussi faut-il la voix du praticien pour réveiller la conscience, la stimuler, l’inviter à ce travail de concentration,  d’attention, de télé-guidage méthodique et ordonné.

Il y a là un paradoxe : c’est dans la détente en ondes alpha, proche de l’inconscience,  que s’effectue un travail extrêmement attentif d’une conscience méthodique. C’est le paradoxe de la « zone phronique » : on se maintient aux portes du sommeil, sans les franchir, de manière à pratiquer un travail de la conscience qui se fait dans un état de détente générale. La pratique lève sans difficulté cette opposition apparente, comme chacun peut le vérifier au cours d’une sieste où l’on peut poursuivre un raisonnement tout en étant à deux doigts de s’endormir. Combien de fois ai-je eu de sublimes intuitions dans ce merveilleux état de relâchement mental !

Au-delà du classique parcours du corps on peut guider la conscience vers des explorations plus subtiles : suivre le souffle dans son cours naturel des narines vers les poumons, et l’inverse, sensibiliser  toutes les zones affectées par l’inspir et l’expir, explorer les organes, les tissus, les cellules, les trajets des méridiens, visualiser, dynamiser, créer une sorte de conscience polymorphe et polysémique du corps, dans son ensemble et dans ses parties. A partir de là on est dans une relaxation expressément « active ».

Les personnes qui ont pratiqué une discipline orientale « interne » comme le Yoga, le Chi Gong ou le Shin Tai Do comprendront immédiatement ce que je développe ici. Pour les autres il faut un certain temps avant de saisir pleinement la signification de mon propos. De toute manière l’intelligence théorique est ici de peu de poids : il faut pratiquer assidûment, avec courage et confiance pour en pénétrer le sens, et en retirer tous les bénéfices.