Il n'est ni santé véritable, ni bonheur si le centre abdominal est négligé ou déficient. C'est malheureusement le cas chez beaucoup de personnes qui oublient la racine fondamentale de toute vie, qui négligent leurs besoins essentiels, ou qui se détournent avec dégoût de la part animale de leur être. Ceux-là ne vivent pas mais végètent comme des plantes sans eau. D'autres compensent cette déficience par un surinvestissement de la sphère intellectuelle, cultivant leurs symptômes et infligeant à autrui leur névrotique esprit de sacrifice. Tout cela n'est pas bon et dénote une confusion regrettable dans la hiérachie des valeurs.

Pourtant il est relativement facile de développer une conscience attentive du centre abdominal. Il faut se souvenir que l'enfant, dès la naissance, respire, comme le petit chat, "avec le ventre" : il suffit d'observer comme, à l'inspir son ventre se gonfle, et se dégonfle à l'expir, sans effort, tout naturellemnt. Il est bien regrettable que l'éducation dans cette société malade, avide de performance, vienne compromettre l'heureuse disposition naturelle. Mais cela signifie aussi que chacun peut travailler à récupérer ce qu'il savait si bien faire étant petit.

Le ventre est le siège des besoins fondamantaux : nourriture, boisson, réplétion, sécurité alimentaire, élimination, sécurité de l'environnement, tranquillité du sommeil, rythmes réguliers, contacts chaleureux. Winnicott disait : handling et holding (être tenu, être protégé) materné par une "mère suffisamment bonne". C'est sur cette base que peut s'édifier un développement harmonieux des autres centres. Quand cette base est insuffisante, carencée, les plus grands désordres s'ensuivent : anxiété, peur de manquer, de mourir de faim, d'être abandonné. Pathologies narcissiques, structures borderline, voire psychose dans les cas les plus graves. La psychothérapie, dans ces cas douloureux, consistera à restaurer la structure défaillante, avant toute autre entreprise de structuration psychique.

Les Chinois soutiennent que le centre abdominal est le siège de l'énergie vitale : dan tian inférieur, siège de Jing ( l'essence). Dans le yoga on relève trois chakras ("roues"  énergétiques) correspondant approximativement au coccyx, à la zone génitale, au hara. Ingestion, digestion, élimination, fonctions sexuelles, transformation de l'énergie. Il semble évident qu'il faille soigner tout particulièrement cela qui assure à chacun le fondement de sa propre vie.

Epicure disait qu'il faut en premier lieu s'occuper de son ventre : hygiène alimentaire, tempérance, équilibre des fonctions. Ce que nous pouvons ajouter ici c'est le soin porté à la respiration. Comment restaurer le primat de la respiration abdominale?

Il existe quelques exercices très simples qui restaurent la fonction : le demi corps, le roching en demi corps, le grand rocking (à pratiquer chaque jour si possible vus ses effets sur la digestion et sa vertu toute spéciale de développer la conscience de la respiration ventrale), posture en pattes d'oie, l'arc etc. Associer le mouvement physique à la conscience est le meilleur moyen de déprogrammer les mauvaises habitudes respiratoires et d'y substituer sans artifice de nouveaux habitus.

En relaxation couchée, après la détente initiale et le parcours du corps, on pourra inviter le sujet à placer ses mains sur le ventre et se laisser respirer doucement en observant le léger soulèvement des mains sous l'action du souffle, et son retour à l'expir, et de la sorte glisser tout naturellement dans une détente psychique plus profonde. J'observe que la plupart des personnes ne peuvent accéder aux bienfaits de la relaxation que si l'on pratique d'abord des mouvements physiques, des postures et des exercices respiratoires. Seul le mouvement permet d'accéder à la quiétude du repos, de même que c'est la tension qui prépare la détente.

La relaxation ne peut pas tout, pas plus que le Yoga ou le Chi Gong. Mais ce sont d'excellents adjuvants au travail thérapeutique, et dans tous les cas - sauf psychose - de remarquables outils d'hygiène et de santé.