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PHILOTHERA :  PHILOTHERAPIE et RELAXATION

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31 juillet 2024

Du CENTRE ABDOMINAL : respiration ventrale

Il n'est ni santé véritable, ni bonheur si le centre abdominal est négligé ou déficient. C'est malheureusement le cas chez beaucoup de personnes qui oublient la racine fondamentale de toute vie, qui négligent leurs besoins essentiels, ou qui se détournent...
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4 novembre 2024

Du DEPLAISIR et du REEL

Les sources du déplaisir sont multiples. D’abord la peau, comme surface d’enregistrement physique et psychique : contacts irritants, bruit, pollutions de toutes sortes, chaleur et froidure, ruptures de rythmes, etc. Que de désagréments dont il n’est pas toujours possible de se débarrasser par le déplacement dans l’espace. Ensuite les organes internes travaillés par les besoins, irrités par les substances nocives, soumis à des changements de régime incontrôlables. Pire encore, le travail des pulsions qu’on ne saurait fuir. Tout conspire à nous rendre l’existence difficile pour peu qu’on soit de nature sensible et impressionnable. Vaincre le déplaisir, ramener la tension psychique à un niveau supportable voilà notre programme quotidien, notre tâche, j’allais écrire notre devoir, dont nous nous acquittons comme nous pouvons, bon an mal an, jamais totalement satisfaits, toujours à demi, entre plaisir et déplaisir, « vivant notre mort et mourant notre vie » (Héraclite).

Chacun se débrouille comme il peut. Les uns, doués de nature, semblent faits pour le bonheur, joviaux, allègres, bonne mine et bon train. D’autres, mal dormants, mal baisants, irritables et souffreteux, traînent une langueur incurable, et pourtant s’obstinent à persévérer dans l’existence. A chacun son programme de santé, de bonne ou de mauvaise humeur, ses recettes miracles et ses déboires. Je ne connais personne qui ne vive en boitant, même s’il est entendu que boiter n’est pas un péché.

Principe de plaisir : pour Epicure le plaisir est la fin naturelle de tout être vivant, qui fuit la douleur et cherche nativement la satisfaction. Pour Freud : ramener la tension à un niveau supportable par la décharge, quand elle est possible, par la fuite,  le déplacement de but, la sublimation, le refoulement, toute la gamme des aménagements psychiques. Quoi qu’il en soit il reste toujours un reliquat de tension, qui semble une constante psychique irréductible. Et de toute manière le déplaisir revient toujours, nécessitant de nouveaux aménagements.

J’en conclus que c’est mensonge que de promettre, par une méthode quelconque, un bonheur sans nuages. Il faut se rendre à l’évidence : plaisir et déplaisir sont les deux faces d’une même réalité, comme le jour et la nuit, le repos et le mouvement, la tension et la détente. C’est la leçon admirable d’Héraclite : unité  de contraires indissociables. C’est aussi l’enseignement taoïste : le bonheur, si ce terme se peut encore utiliser, n’est pas dans l’immobilité, mais dans l’acceptation du mouvement : se laisser tout doucement conduire pour mieux infléchir le processus. On peut réduire les tensions, non les supprimer. Agir sans agir : non se crisper sur un résultat mais utiliser intelligemment les occurrences.

Quelles que soient nos techniques, et elles ne sont pas nécessairement inefficaces, elles buteront toujours sur un réel irréductible, hors de nous dans les aléas du monde, et en nous, comme limite du connaissable et du gérable. C’est la nature énigmatique de notre corps, de son mode singulier de fonctionnement, de ses énergies, de ses forces actives et réactives. C’est la porosité de notre psyché, si sensible aux influences et confluences, si malléable et versatile. On peut toujours se raidir, c’est pour mieux faillir. Plutôt que de prétendre tout régenter il vaut mieux laisser une place, dans la psyché elle-même, à l’irreprésentable. Cela ne rend pas caduc notre effort vers la santé, cela marque simplement la limite infrangible de nos pouvoirs.

 

 

 

30 octobre 2024

RETOUR au CORPS : relaxation, méditation, psychiatrie

 

 

Qui a dit : "C'est dans ce corps long de cinq coudées que je trouverai le monde, l'origine du monde, la cessation du monde et le sentier qui mène à la cessation du monde"?

Gageons que ce n'est pas un penseur occidental, et même le sublime Epicure, si soucieux de la santé et de l'équilibre du corps n'est allé jusque là. 

Le corps et non l'esprit, et l'âme, et le moi, et le soi encore moins. Car l'esprit est comme un singe qui saute de branche en branche. Et l'âme est introuvable, le moi illusoire et le soi une fable. Non, de quelque côté qu'on se tourne, seul le corps fournit une assise solide pour l'examen de la réalité.

Faut-il en conclure que l'esprit n'existe pas? Certes non, mais il faut examiner le corps dans le corps, les états et mouvements du corps dans le corps, l'esprit en relation avec le corps, les états et mouvements de l'esprit en relation avec le corps. D'où une attention soutenue à la sensation, car la sensation est une modification qui se produit dans le corps et qui, du même mouvement, affecte l'esprit : j'ai froid, cela ne se peut dire que si ma peau est stimulée par l'excitation, que les nerfs transmettent la stimulation et que le cerveau élabore cette stimulation en sensation locale ou globale. C'est pourquoi toute méditation commence par l'observation minutieuse et accueillante des sensations. Hors de quoi nous ne saurons jamais rien, ni sur le corps ni sur le monde.

L'observation nous montre ce qu'est la sensation, comment elle naît, ce qu'elle provoque, plaisir, déplaisir ou état neutre, comment elle passe et disparaît. Nous découvrons  ainsi que tout ce qui a pour nature d'apparaître a nécessairement pour nature de disparaître. Cela signifie que tout plaisir est éphémère, qu'il est vain d'en souhaiter la permanence, que l'état de bien-être subit la variation. De même pour la douleur, et c'est déjà une bonne nouvelle. Devenant attentifs aux processus sensoriels et perceptifs nous découvrons que nous avons un certain pouvoir qui résulte de la connaissance : considérant plaisir et déplaisir dans leur naissance et leur disparition nous apprenons à nous en dissocier graduellement. Ce qui m'arrive est plaisant ou déplaisant mais j'en serai d'autant moins affecté que je les considèrerai comme des phénomènes relatifs et impermanents : je ne suis pas ce qui m'arrive, je ne suis pas cette tristesse qui vient, je l'observe et la laisse passer. C'est ainsi que l'on apprend à méditer.

C'est la respiration qui fait le lien du corps et de l'esprit. Cela se voit  fort bien dans l'état de stress où l'agent stressant provoque d'un seul jet le trouble physiologique, la respiration saccadée et l'agitation mentale. Dans un stress relativement mineur il suffit de calmer la respiration pour rétablir l'équilibre, cela s'apprend, ou devrait s'apprendre dans tous les métiers qui imposent de se présenter devant un public : conférenciers, acteurs, professeurs, chanteurs etc. Apprendre à respirer calmement et profondément (respiration ventrale) est un préalable, et en soi une cure de santé physique et mentale. Tout pratiquant de Yoga ou de Relaxation sait cela. Et au delà c'est la clé d'une méditation complète, qui au delà du calme mental visera l'observation méthodique des sensations, perceptions, formations mentales et mouvements de la conscience (vipassana).

Dans la citation ouvrant cette discussion Bouddha voulait signifier que c'est par l'observation du corps que l'on pourra comprendre "le monde" - mais je ne crois pas qu'il s'agisse du monde en soi, conçu comme Tout de la réalité, mais plus  concrètement du monde de la souffrance : dukkha, les causes de dukkha, sa cessation, et les moyens de produire sa cessation. Bouddha a toujours découragé les spéculations sur l'univers, toutes inutiles, et inaptes à produire le seul résultat qui compte : la fin de la souffrance. Bouddha, comme Epicure, raisonne en médecin. D'abord le diagnostic : la souffrance ; puis l'analyse étiologique : les causes de la souffrance ; puis le but : la guérison ; enfin les remèdes. C'est toujours et encore l'exposition des Quatre Vérités Nobles - que l'on pourra mettre en parallèle avec le Tetrapharmakon d'Epicure : les quatre remèdes (les dieux ne sont pas à craindre, la mort n'est rien pour nous, le plaisir est facile à obtenir, la douleur peut se supporter). Chacun, dans cette affaire pourra choisir, selon sa complexion, entre le remède radical de Bouddha et la pharmacopée plus souriante d'Epicure.

L'essentiel, à mon sens, est de rétablir la position éminente du corps. Que dire de ces philosophes qui se font gloire de le mépriser, de le condamner? Cette aberration a vécu. Mais il en reste quelque chose, dans notre médecine même, dans notre psychiatrie, qui en sont toujours encore à opposer le corps et le psychisme. J'imagine volontiers qu'Epicure n'eût pas désavoué l'usage des psychotropes pour soulager la douleur psychique. Encore cela n'est-il qu'un pis-aller, qui ne devrait pas oblitérer l'écoute du patient, l'accompagnement thérapeutique, la pratique artistique (art-thérapie), l'entretien philosophique et toute une gamme de pratiques somatopsychiques, respiration consciente, relaxation, yoga, méditation. - J'observe que certains psychiatres s'y mettent et proposent des séances de méditation à l'hôpital. C'est peut-être l'indice d'un heureux retour à l'évidence.

 

 

 

28 octobre 2024

De la TRISTESSE : une émotion normale

Il faut bien distinguer tristesse et dépression, alors même que la tristesse accompagne en général la dépression, lui donne cette tonalité si particulière d'affliction universelle. La tristesse est tout au contraire une affection normale, une donnée inévitable de l'existence concrète. Rêver d'une vie sans déboires, sans échecs, sans trouble est une naïveté. Il faut donner à la tristesse son statut spécifique, compter avec elle, savoir qu'elle est une émotion inévitable qui ponctue les aléas de l'existence, la colorant parfois de son ombre. Loin de la nier à tout prix il importe, sans la cultiver d'aucune façon, de lui reconnaître son rang et son rôle dans les affaires de la vie.

Une émotion : un désordre apparent de la thymie, un sentiment d'accablement, une brisure momentanée de l'élan vital entraînant un retrait, un repli social. Les sources habituelles de joie sont taries, les activités se font plus difficilement. Le signe de la tristesse c'est une diminution de la puissance d'exister, se traduisant par un retrait d'investissement, une perte de goût pour le plaisir, de la fatigue, et parfois une sorte de langueur confinant à la morosité.

Les causes en sont multiples. Souvent c'est l'échec d'un projet : un examen raté, une promotion escomptée qui se refuse, une rencontre qui tourne mal. Dans ce cas on peut parler d'une souffrance narcissique, avec le sentiment de dévaluation et de perte d'estime de soi. D'autres fois c'est la perte d'un "objet" d'investissement : deuil d'un être cher, chute d'un idéal, déception amoureuse, trahison d'un ami etc Dans les deux cas on peut parler d'une perte, narcissique ou objectale, avec souvent un mélange des deux. Quelque part le sujet est douloureusement éprouvé dans la manifestation de son désir.

Certaines de ces pertes sont inévitables, voire nécessaires. Dans le développement psychodynamique du sujet surviennent des crises de maturation qui exigent l'abandon d'investissements antérieurs, notamment parentaux. Il faut bien quitter sa mère et son père, accepter une certaine distanciation pour accéder à l'autonomie. Cela ne va pas sans douleur, sans réaménagements du désir. D'autres pertes sont imprévisibles, accidents fâcheux de la vie, rencontres néfastes, aléas funestes. La traversée de la tristesse est une nécessité vitale.

Loin de moi l'idée de faire l'apologie de la tristesse. Mais à l'inverse je déplore que trop souvent on célèbre sans nuances l'hédonisme facile, le divertissement, le jeunisme, la pusillanimité pulsionnelle en considérant que la tristesse doit être balayée sans autre examen. Parfois on médicalise à outrance, délivrant des antidépresseurs à une personne qui souffre, alors qu'elle n'est nullement déprimée et qu'elle doit prendre le temps de vivre son deuil. Reconnaître la spécificité de la tristesse normale me semble une mesure de santé publique.

Vivre la tristesse, cela signifie d'abord accueillir l'émotion pour ce qu'elle est : une réaction à l'événement. On ne peut sauter par dessus comme dans le jeu des petits chevaux. La vie psychique est faite de rythmes singuliers qu'il faut apprendre à respecter. Ensuite il serait bon de bien analyser les causes : où se situe la déception? En quoi suis-je affecté et concerné comme sujet? Qu'en était il de mon désir, était il juste ou démesuré? Que signifie pour moi l'échec ressenti, quelle y est ma part? C'est l'occasion d'un réexamen de mes ambitions, de mes espoirs, de mes croyances, de mes valeurs. Travail de conscience, d'attention, de concentration - et d'élimination. Car il est patent qu'un réaménagement personnel est nécessaire.

Un tel travail peut se faire seul. Parfois les choses sont plus aisées avec la présence et l'écoute attentive d'un tiers. Mais en dernier ressort c'est la personne et elle seule qui peut faire le nécessaire. La sortie de crise se traduit parfois par un gain remarquable en autonomie et en conscience de soi.

25 octobre 2024

MEDECINE de l'AME



 


 

Médecine de l'âme

 

Dans l'Antiquité la sagesse impliquait le choix personnel d'un style de vie, d'un "ethos", généralement fondé sur une conception du monde, une physique. C'est particulièrement net pour les épicuriens, les stoïciens, les cyrénaïques, les cyniques et les sceptiques. Epicure déclare, par exemple, que la philosophie n'a aucune raison d'être si elle ne contribue au bonheur. La connaissance n'est pas négligée, mais elle n'est pas une fin en soi, pas plus que la fortune, ou la plupart des biens. Elle doit servir à mieux vivre, dans la lucidité et la conscience. Le sage est celui qui fait ce pari formidable, totalement étranger à l'insensé, de fonder le bonheur sur la vérité.

 

Cet idéal s'est perdu depuis longtemps. Pour beaucoup la philosophie est le refuge d'esprits grisâtres, de vieillards cacochymes, de déçus mélancoliques ou d'aimables originaux. La tradition universitaire a définitivement convaincu que cette discipline n'est que farcissure intellectuelle, au demeurant bien inférieure à la science, qui, elle au moins peut se prévaloir de résultats tangibles. Bref, l'université ennuie, le lycée exténue, et la philosophie croupit dans l'arrière cave d'un rentier asexué.

 

Pourtant il s'est produit un curieux retournement depuis une dizaine d'années. Des ventes astronomiques, des émissions de radio, des café-philo par centaines... le public (adulte surtout) fait preuve d'un souci réel et d'un intérêt réel. Il y a eu trop de déceptions politiques et idéologiques, trop de fanatisme, trop de religion sectaire ou impuissante, et enfin, trop d'échecs thérapeutiques chez les psy de toute farine, en psychanalyse nommément, responsable à tort ou à raison d'un désabusement dépressif. Bref, l'époque exige un renouveau.

 

Remarquons que les philosophes qui ont du succès ne sont pas forcément de grands esprits. Mais ils ont le mérite de justifier l'intérêt renouvelé, de l'encourager. Des universités populaires voient le jour. Inutile de préciser que je m'inscris totalement dans cette perspective, avec mes faibles moyens, mais une vraie résolution. Mais attention: la philosophie n'est pas un apéro de dimanche matin, ni une maison close, ou une agence matrimoniale pour esseulés. C'est une discipline, dans le sens noble du terme. Simplement je crois qu'on a trop systématiquement surévalué les connaissances et le travail intellectuel dans la tradition de l'université, hors de toute relation à la réalité sociale, au mépris de l'immense souffrance des hommes. Philosophie de boudoir, et encore, de bouderie! De l'air camarades! Philosophons sans complexe. Diogène aboyait dans les rues d'Athènes, Socrate traînait un lamentable manteau éculé, discutait avec tout le monde, et n'avait aucun titre universitaire. Quant à Epicure, ses détracteurs le tenaient pour un inculte - ce qui était évidemment une calomnie. Il y a bien des façons de philosopher. Il y faut de la clarté intellectuelle, de la fermeté, du courage, de la lucidité et une capacité d'encaisser les mauvaises nouvelles, car le réel n'est pas tendre. S'illusionner est plus attrayant, mais il y a, pour se consoler, le cinéma et les arts, les spectacles, la télé, la politique, sans même évoquer la religion, et les sectes. "Tu veux philosopher? Regarde, observe, médite, confronte toi à la rudesse du réel »

 

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23 octobre 2024

ATARAXIE

ATARAXIE. Littéralement : absence de troubles (psychiques ou moraux) Le terme compose avec son double, aponie, (absence de douleur physique), les deux éléments du plaisir épicurien. A ce titre ils sont virtuellement conjoints dans une même expérience de la non-douleur, fondement réel du plaisir dit constitutif, celui qui exprimerait pleinement la nature intrinsèque d’un être vivant. Cela dit les deux éléments peuvent être disjoints. Je peux ne pas éprouver de douleur physique et pourtant souffrir mille morts au niveau mental. Mais il est rare qu’il n’y ait pas une sorte de contamination d’un niveau à l’autre, dans ce registre que nous appelons aujourd’hui le psychosomatique, indiquant par là le caractère global de notre être-au-monde.

 

On remarquera, et c’est bien connu, qu’Epicure, avant Schopenhauer, met l’accent sur l’absence de douleur plus que sur l’intensité du plaisir comme tel. Il est certes des plaisirs intenses, mais souvent ils se paient de douleurs plus intenses encore, et virent à la passion. L’idéal d’isotonie de l’épicurisme est très éloigné des conceptions intensives et passionnelles d’aujourd’hui, aussi l’épicurisme devient-il lentement mais nécessairement une philosophie incompréhensible à nos contemporains, et à ce titre radicalement révolutionnaire !

 

L’ataraxie, que d’ailleurs d’autres écoles comme le stoïcisme et le pyrrhonisme recommandaient aussi, mais avec une moindre élaboration théorique, exprime un idéal de vie dont nous avons perdu et le sens et les conditions. Pourquoi travailler beaucoup si l’on trouve aisément le nécessaire ? Pourquoi s’acharner à amasser des biens que nous volera la mort ? Pourquoi accumuler des savoirs qui ne changent rien à notre condition et qui ne servent qu’à la montre ? Nous nous espérons immortels, et nous créons une sorte de citadelle mythique, aussi encombrante qu’inutile. Mais le Maître l’avait dit voici vingt-quatre siècles : « Face à la mort nous sommes tous une citadelle sans défense ». L’ataraxie est dès lors cette existence pacifiée qui renonce à l’impossible, qui fait du Réel sa limite, épouse la durée de la vie humaine, cette émergence aléatoire entre deux néants.

 

Le vrai contraire de l’ataraxie c’est l’idéal. C’est l’idéal qui nous tue. La sagesse n a rien d’un idéal. Elle est coïncidence. Ou à défaut, réduction maximale de la distance entre le désirable et l’accessible. Je l’appelle le principe du préférable.

 

Je remarque avec amusement que ce beau terme d’ataraxie a retrouvé quelque vigueur- fort suspecte au demeurant – dans la dénomination récente d’un anxiolytique fort répandu. Voilà qui en dit long sur nos actuelles capacités d’apaisement mental !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

21 octobre 2024

Du PLAISIR comme NORME

Le plaisir constitutif, ou plaisir en repos, était considéré par Epicure comme une norme physiologique, psychologique et éthique. Loin de l'agitation des désirs et de la furie des passions, il réalise un juste équilibre de toutes les fonctions dans la durée. Sans exaltation ni abattement, ces deux extrêmes pathologiques de l'humeur, il est la condition du bonheur véritable, dans la mesure du moins où ce bonheur peut être l'apanage de l'homme, si souvent entraîné hors de soi par les sollicitations de l'extérieur et les tourbillons internes. Ce repos n'est nullement une inertie ou un ramollissement : la respiration est tranquille et régulière, le coeur se calme, l'énergie circule paisiblement par tout le corps, le thymos est sans passion, la conscience pleinement éveillée, l'esprit actif, lucide, enregistrant sans effort les mille événements de la vie sans s'y attacher. Dans un tel état, qui n'a rien de mystique ou d'exceptionnel, on comprend que la vie peut être agréable et douce, et l'on ne désirera rien d'autre que la persistance de cet état, tout en sachant que cela n'a rien de garanti ; toutefois l'expérience est si désirable, et ses conditions si naturelles, que rien n'empêche vraiment de la renouveler. Encore faut-il avoir en sa possession quelques techniques simples pour en faciliter le retour. Le bonheur serait la continuité relative de l'état de plaisir constitutif.

La norme physiologique signifie l'état d'équilibre fonctionnel du corps qu' Epicure appelle aponie : absence de douleurs. On dira que la maladie, et son cortège de souffrances n'est pas toujours évitable. C'est vrai, et cela apporte une restriction fâcheuse. Mais il faut noter qu'il est possible, grâce à des aménagements, de vivre avec certaines maladies sans souffrir exagérément. Notre pharmacopée récente offre beaucoup de soulagement à la douleur. De plus remarquons ceci : on souffre peut-être plus de l'idée de la souffrance que de la souffrance proprement dite, dans une sorte de redoublement mental, de plainte perpétuelle qui gâche et ruine les sources de plaisir à leur racine.

Norme psychologique : ataraxie, absence de troubles mentaux. Je ne connais aucune recette qui en garantisse a priori l'obtention et la conservation. Ici intervient la psychothérapie, quand elle est nécessaire. Mais c'est la philosophie, comme philothérapie, qui s'impose comme méthode générale de compréhension : se situer justement dans la vaste nature, être à l'écoute de son daïmon propre, connaître les lois de son désir, réaliser les conditions de sa puissance, agir en accord avec soi-même.

Et nous voici au coeur même de l'éthique : non pas la morale commune, encore que l'on puisse composer quand il le faut, mais cette inventivité singulière qui est le plaisir en acte, et qui consolide le plaisir constitutif. Le plaisir est norme pour soi, signe de la coïncidence à soi, accord harmonique de la nature propre et du désir, en son élan. La vraie créativité rejette la frénésie, la lutte pour la gloriole.

Parler du plaisir comme norme est une gageure, à l'inverse et du misérabilisme moral et de l'hédonisme. C'est aussi la voie difficile. La grande santé est à ce prix.

18 octobre 2024

Les TROIS DEGRES de la MEDITATION

Méditer, c'est dans notre tradition occidentale réfléchir avec sérieux et profondeur sur un objet de pensée. La méditation suppose l'attention soutenue, la concentration et la constance. Discipline de l'esprit : scholè, c'est à dire étude méthodique à partir de la liberté, de la disponibilité d'esprit. Mais plus profondément, la méditation suppose un séjour prolongé, une familiarité conquise, une pénétration de l'objet. Exercice en somme de toutes les facultés mentales  auprès d'un objet de contemplation pensé comme énigme, et susceptible de révéler quelque nouveauté pour la connaissance.

Mais l'Orient nous propose une autre approche : on y opposera méthodiquement la méditation à la réflexion. Méditer c'est laisser venir, laisser être une certaine réalité sans chercher à la modifier, accueillir le phénomène dans son surgissement, son évolution et sa disparition. Cela suppose une détente préalable, et du corps, et du thymos et de l'esprit, une disponibilié non intentionnelle, une totale ouverture à l'être-là. Cela étant, je distinguerai trois dégrés, en fonction de ma propre pratique, sans en tirer quelque loi générale, puisque cette pratique ne peut pas s'enseigner ni se codifier. Chacun, dans ce domaine doit devenir son propre maître, se fier à son expérience, la modifier et l'approfondir selon sa propre complexion et ses propres exigences. Mais il me paraît essentiel de l'intégrer complètement à l'exercice de la vie, et pour la santé, et comme élément fondamental de la pratique philosophique. Les philosophes occidentaux l'ignorent pour la plupart, privilégiant à tort la pensée intentionnelle et réflexive, et se méfiant par doctrine de toute pratique "mystique", ou simplement étrangère au courant dominant de notre tradition. Pour moi qui ai séjourné assez assidûment auprès des pensées orientales je la considère au contraire comme éminente pour l'équilibre général de la vie, et pour la réflexion elle-même, qu'elle renouvelle et approfondit par effet indirect, par le ressourcement mental qu'elle offre si généreusement.

Pour en promouvoir la pratique je donne ici quelques indications, à valeur purement subjective, et qui devront se vérifier et s'amender par le pratiquant en personne :

Premier temps : relaxation intégrale, détente musculaire, puis tissulaire, organique, nerveuse et psychique. Cela est assez difficile pour la plupart des gens. Aussi est-il souhaitable de pratiquer d'abord une élimination générale des tensions par des exercices physiques souples sans effort : régulariser la respiration, relâcher les muscles, s'étirer sans tension, laisser venir par degrés un sentiment de détente général dans une respiration souple, aisée, facile. Les exercices de yoga, de Chi Gong y sont particulièrement favorables. Après quoi il est loisible de s'asseoir en tailleur, ou s'il le faut, s'accorder une pause intermédiaire au sol, le corps étendu, les bras allongés de chaque côté, la nuque souple, le visage détendu. Pour certaines personnes exceptionnellement tendues ou anxieuses cette pause au sol devrait constituer pour longtemps l'unique objectif à atteindre, car c'est la condition absolue d'une progression. Je considère qu'il faut à la moyenne des gens deux pleines années de pleine pratique pour accéder au stade de la véritable relaxation psychique.

Le second degré c'est la contemplation : mise en place d'une observation interne (epi-skopein : regarder auprès de). Les Orientaux parlent d'un "témoin", désignant par là l'activité non-active du sujet de la conscience non réflexive, simple enregistrement non intentionnel, non volontaire, non discriminant des phénomènes physiques et psychiques qui se déroulent dans le corps et le mental : ici une sensation de froid ou de chaud, ici un titillement musculaire, une tension nerveuse, là un flux énergétique, et dans l'esprit une représentation, une image, un émoi, un désir, une volition etc. On constate, on ne fait rien, on ne réfléchit pas, on n'analyse pas, on laisse passer comme un nuage dans le ciel, sans trace, sans effet, sans "karma" (action). De la sorte on apprend tout naturellement à voir s'écouler les phénomènes, à observer sans intention l'impermanence de toutes choses, internes et externes, et physiques et psychophysiques et psychiques. On découvre ce pouvoir de la conscience à se détacher des sensations, des perceptions, des représentations, des émotions, des passions, on se désolidarise des attachements pulsionnels, des fixations mentales, des désirs lancinants, des obsessions et de ce que Bouddha appellait les "formations mentales". Cette pratique du "témoin" doit se pratiquer très longtemps et assidûment car elle est le coeur de la pratique. Elle ouvre à une forme nouvelle de liberté, non par théorie spéculative, mais par la vérification expérimentale. Combien elle est libératrice, bienfaisante, rafraîchissante! Et dire qu'elle est à la portée de tous! Et que nos philosophes, réputés spécialistes de la connaissance de l'homme, l'ignorent et la méprisent sans la connaître!

Et parfois, lors de moments magiques, imprévisibles et imprescriptibles, il arrive que le "témoin" s'abolisse de lui-même, que la conscience se fasse totalement silencieuse, que l'opposition entre le sujet observant et l'objet observé disparaisse, sans intention, sans volonté, sans effort, comme de soi-même, et alors, dans une état qui n'est ni sommeil ni tension, ni perception ni non-perception, l'esprit s'abolit comme individuation, comme conscience séparée, et se mêle à l'immensité cosmique, dans une sorte d'extase sans élévation, sans transport, calme, tranquille, merveilleusement fraîche! Cela ne peut se vouloir, cela arrive ou n'arrive pas, mais quand cela arrive c'est un bonheur sans concept, sans représentation, sans désir, et qui vous réconcilie avec la vie et le Tout.

Ne croyons point toutefois que cela change la vie. On en ressort nécessairement, on retrouve la réalité inchangée. Mais quelque chose aura bougé, pour toujours, dans la conscience. Et soudain les intuitions fulgurantes de nos penseurs de la totalité aurons trouvé pour nous une confirmation éclatante et irréfutable. Héraclite a dit juste. Démocrite a dit juste. Spinoza a dit juste. Et nous, nous les comprenons autrement que par la seule raison. La méditation est une probation.

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PS : Je suis entré dans la pratique de la méditation par la porte du bouddhisme. Mais je ne suis pas bouddhiste puisque je n'ai jamais envisagé de prendre les trois Refuges (Bouddha, la Sangha, le Dharma) et que je revendique une totale indépendance à l'égard de tout système de pensée. De fait on peut pratiquer sans la moindre référence doctrinale. C'est en tout cas ainsi que je l'entends.

 

16 octobre 2024

De la RESPIRATION CONSCIENTE : les trois étages du respir

Le souffle, c'est la vie. En Inde ancienne Atma, le souffle, est l'Ame du monde. En allemand respirer se dit "atmen". Dans nos langues romanes nous avons "âme, animer, anima". Pour les Chinois le Chi est à la fois le souffle et l'énergie qui circule dans les tissus et les viscères : souffle-énergie vitale. Il en résulte que le soin du souffle est une condition essentielle de la santé.

Or nous voyons bien que beaucoup de personnes respirent mal, trop légèrement, de manière saccadée : c'est la marque spécifique du stress, de l'angoisse et des émotions négatives. La première tâche du relaxologue est d'enseigner la respiration profonde et ample par des exercices appropriés. Mais ce travail se heurte à des résistances inconscientes, enracinées dans l'habitude et la peur. Pour mieux respirer il faut d'abord se sentir en sécurité.

D'où la patience et la régularité : le sujet découvre que dans l'espace aménagé et paisible de la séance de relaxation il peut apprendre à se détendre, à se dégager progressivement des réflexes de peur. Cela demande un certain temps, mais les bénéfices se font sentir au fil de la pratique et renforcent les acquis. Un certain remaniement des habitudes quotidiennes, une attention aux facteurs de stress, une nouvelle hygiène renforceront sensiblement les effets thérapeutiques.

Rappelons ceci : il y a trois niveaux du respir :

la respiration haute, scapulaire (au niveau des épaules), rapide, superficielle, utile pour les activités motrices, mais trop souvent liée au stress. Elle s'accompagne de nervosité, et ne devrait pas être mobilisée en permanence. En temps de repos la personne devrait pouvoir installer une respiration plus calme et plus basse.

la respiration thoracique ; niveau moyen. Elle ventile la zone pulmonaire et cardiaque.  C'est la zone des sentiments et des relations. Parvenir à y créer le calme est déjà un signe positif. La contraction ordinaire de la zone peut se résorber par la pratique, dès lors le sujet se sent comme libéré dans son corps.

la respiration ventrale : c'est celle du nouveau-né, de la grande détente, et du sommeil. Elle assure à celui qui l'utilise dans le cours ordinaire de la vie une grande stabilité émotionnelle et relationnelle. C'est elle que la pratique de la relaxation va renforcer, jusqu'à en faire la respiration habituelle. Le mouvement régulier du souffle opère une sorte de massage tranquille du ventre tout en oxygénant correctement l'ensemble de l'organisme.

Le relaxologue accueillera la personne telle qu'elle est, dans son respir tel qu'il est. Sans brutalité ni volontarisme déplacé il la guidera en douceur vers une meilleure conscience de soi à l'aide d'exercices de respiration adaptés. Le yoga, pratiqué sous sa forme douce, le Chi Gong fournissent nombre de techniques où puiser selon les besoins de la personne. La relaxation proprement dite aura pour objet de détendre les crispations et d'amener un mieux-être, rapidement sensible dans la respiration libérée.

Il n'y a pas de miracle : le corps a une histoire et cette histoire est inscrite dans sa structure musculaire, tissulaire et nerveuse. Mais on peut aider : non pas prétendre tout changer mais amener un mieux-être qui est déjà un début de libération.

 

14 octobre 2024

De la RESPIRATION CONSCIENTE : les quatre temps du respir

A y porter notre attention, nous remarquons que la respiration se déroule en quatre temps:

Inspir : l'air pénètre dans nos poumons et cette poussée légère entraîne un gonflement sensible de la zone ventrale, et une ouverture des côtes flottantes. Cela peut se vérifier en plaçant les mains sur la bas des côtes, ou sur le ventre.

Un temps, très court en général, de poumon plein

Expir : retour des côtes flottantes à la position initiale, dégonflement du ventre.

Un temps, court lui aussi, à poumon vide.

Cette activité se fait le plus souvent en pleine inconscience : cela respire tout seul selon le rythme de la vie. Dans les périodes de stress la respiration est hachée, rapide, superficielle, au niveau scapulaire. Dans la relaxation elle se régularise, se fait calme et profonde. On peut alors observer tranquillement le rythme, prendre le soin de bien départager les quatre temps : souvent la personne résiste à sentir les deux temps de poumon plein et de poumon vide. Elle s'empresse d'inspirer et d'expirer, comme si les temps de repos étaient un danger pour elle. Mais c'est le rôle du relaxologue de l'amener tout doucement à détendre les tensions, de s'accorder le temps du respir et du repos. Rien ne presse. Prenons le temps de vivre l'instant présent.

Certains exercices spécifiques facilitent la détente respiratoire et aménagent la conscience des quatre temps : respirations debout, mouvements amples des bras, avec d'innombrables variantes. On peut associer aussi les quatre temps aux quatre saisons:

inspir : printemps :

poumon plein : été

expir : automne

poumon vide : hiver.

Cette visualisation n'est pas nécessaire et  peut gêner la concentration, du moins au début de la pratique. Pour des gens déjà avancés elle apporte un surcroît de sensations. On entre alors dans le grand rythme cosmique, en se situant consciemment dans le tout. C'est ce qui fait, remarquons le, la grande efficacité de la respiration selon l'esprit du Chi Gong : alternance du Yin et du Yang, unité du Tao.

Dans la relaxation au sol on peut se servir avec profit des quatre temps, les deux mains placées sur le ventre pour observer le mouvement naturel des côtes flottantes et du ventre. Bientôt le mouvement se fait régulier, très doux, de plus en plus aisé et souple. La personne se dégage alors d'une attitude de direction intentionnelle pour se laisser porter sans effort ni tension. On peut estimer alors que la relaxation commence effectivement et conduit vers la détente musculaire.

Par la suite on pourra y adjoindre une visualisation, par exemple le mouvement de l'eau à la surface de la mer, le va et vient régulier de la vague, dans une grande douceur, un laisser-faire et laisser être sans tension.

La conscience de la respiration à quatre temps accompagnera par la suite la plupart des positions et mouvements, sauf indication contraire et justifiée.

Cette conscience simple et attentive deviendra bientôt, au fil de la pratique, une manière d'être, un habitus habituel. Par exemple en se promenant dans un parc on pourra placer intentionnellement son attention sur la respiration ventrale, quelque temps, puis laisser faire le mouvement naturel. ne pas se crisper sur l'intention, mais revenir souplement. Avec le temps cela se fera sans effort. Les bénéfices en sont tout à fait remarquables, pour le moral, et la santé.

 

 

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